samedi 28 avril 2012

Chacun ses pauvres (protest-song)


Bourgeois bohème des hauteurs du vingtième
Bonne famille catholique du village d’Auteuil
Pour eux les fins de mois ne sont pas des problèmes
Chacun a ses pauvres, chacun son orgueil
Ils regardent parfois à la télévision
Ces peuples crève la faim, la commisération
Au bord des lèvres, ils disent
Qu’à l’heure du repas
On pourrait leur montrer autre chose que cela

Il parait que chez les cadres supérieurs
On ne lit plus de roman, encore moins de poésie
Lui,
Qui déchiffre à grand peine la direction du train
Voudrait bien
N’ose pas, n’ose rien
Alors, on joue à la loterie
Ce qu’on gagne
On le rejoue vite fait
À la fin
Il ne reste rien

Ouvrier, paysan, employé des fast-foods
Travaillant dans la chaleur et le vague mépris du Monde
Piéton perdu dans la moiteur sinistre de la foule
Seule la télévision console l’inanité de votre vie
Une grosse et belle télévision
Payée à crédit

L’étudiant dans sa petite chambre payée à prix d’or
Dort si mal, il doit encore aller travailler
La voisine, soixante ans depuis hier, a mis sur la table les restes du placard
Trois boites, du pain, plus grand-chose à manger
Et les regarde, il va falloir encore payer, il se fait tard
Quatre cents euros par mois
Il faudrait les remercier
Sourire et ne pas soupirer

Dans la rue, des mômes tapent des boites de conserve
Les grands sous le manteau vendent des barrettes marron
Ils disent que demain ils vont arrêter, que ça serve
De leçon aux plus jeunes, dès que la dette sera remboursée
Mais demain continue et les regarde tousser

Ça se suicide dans les tours et les chemins de campagne
Des quinquagénaires usés se sentent inutiles
Ou bien dans les cafés on désigne un coupable
On va voter plus brun, la colère nous gagne,
Les mères ont le regard un peu éteint
On a peur quand même pour nos gosses demain

À l’école, l’institutrice sermonne
Puis elle se souvient que l’enfant ne pouvait pas savoir
Dans son monde on ne sait pas à quoi sert l’école
Alors elle renonce et retourne s’asseoir

Le philosophe à bon compte sert à boire au poète
Il n’y a plus de rime riche dans ce bas monde
Il faudrait un vin qui fasse tourner la tête
Et que cesse un instant cette sinistre ronde
Et que cesse un instant la sinistre ronde 

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