samedi 19 mai 2012

Jour de déveine

Jour de déveine
Le cheminot
S'est endormi à la table du café

Le formica glisse sous mon doigt

Persiste l'odeur d'un tabac froid
Un tabac des années cinquante 
Un tabac de l'au-delà
Proscrit par la Loi
Interdit par la Foi

Ça  fait déjà un bail, ma petite dame
Aujourd'hui le train est au musée
Cadenassé
Et moi au grand café,

Tandis que la petite
Est à l'école
Moi, je la cajole!
Quand elle revient, la petite
De son école

L'âne au jardin s'est approché du chien
Il lui donna un étrange baiser
Que peut dire un âne sage au jeune chien ?

Déjà, la nuit grésille dans ma tourmente
J'entends le train rouler dans la vallée
Qui remonte le cours du torrent froid
Tu es d'ici toi, non, de là bas ?

Tu as un bien drôle d'accent
Ton chien est drôle,
Allez,
Je marche devant !
Je suis cheminot sans mot ni train
Je marche un peu moins sûrement

Avant, il y avait un garde barrière
Tu ne peux pas comprendre
Maintenant c'est des ordinateurs
Tu as vu l'âne,
Il frotte son nez au museau du chien
Ils sont amis ces deux là on dirait bien

Nous on est des petites gens,
On va au café, les politiciens n'ont rien compris
Avant, j'étais au parti, mais plus maintenant
Tu sais, le village a beaucoup perdu
Avant, on était plus de sept cents
Qui peut croire qu'on était plus de sept-cents ?

Ton chien, retiens-le un peu avant le croisement
On ne sait jamais
Il est beau jeune et vigoureux
Comme la petite
Je l'ai oubliée à l'école
Figure toi ce matin
Je me suis endormi au café
Alors, ma fille est venue et m'a grondé
Je suis plus bon à rien
J'ai vieillis, j'ai oublié
Tu as un beau chien
Avant il y avait du monde
Sur la digue, devant le torrent, même en soirée

Mais là, je dois rentrer,
Elle va, encore me gronder
Me saouler !



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