mercredi 10 avril 2013

la fonte des neiges


L’aube accrochait sa brume au couteau du rocher
Les oiseaux sans rancune ouvraient le grand orchestre
Les hommes solitaires, la besace à leur veste
Buvaient le café tiède avant la rude journée

Alors dans la vallée, le torrent dévalait
Prémices d’une revanche d’eau et de cailloux
Tous les cœurs s’ouvrent à la fonte des neiges
Même ceux des menteurs et des jaloux

La veille au soir l’enfant m’avait avoué son crime
L’acte pourtant n’était pas un crime d’enfant
Il parlait volubile la parole libérant
Sa peur et son remords dénoués sur le lit

Me regardaient chiens noirs surgis de cette nuit
Plus l’enfant me parlait, plus je buvais sa vie
Alors ma main tremblait, mon cœur s’accélérant
Son crime noir plongeait aux racines de mon sang

Tous les cœurs s’ouvrent à la fonte des neiges
Même ceux des assassins et des briseurs de rêves

Calme et pâle j’étais, resté droit cependant
Une tragédie grecque dans la chambre défaite
Un monde qui vacille et se ferme doucement
Un monde sombre et noir où l’on baisse la tête

Sur la réparation, la promesse, mon pardon
La nuit avait lavé d’un geste les soupçons
La lampe allumée, nettoyé le scandale
Et caressé le chien, mis le lait sur la table

Tous les cœurs s’ouvrent à la fonte des neiges
Même ceux des tricheurs et des voyous

La maison silencieuse assise dans le pré
La lune était partie et le soleil caché
Les enfants endormis la tête dans l’oreiller
Tout respirait ici calme bonheur et paix

J’allais à la fenêtre contempler le jardin
La tasse de café respirait dans ma main
Tout paré pour la vie, la joie et les rires
Et j’avais l’air serein et même le sourire

Tous les cœurs s’ouvrent à la fonte des neiges
Même ceux des traitres et des voleurs

Mais dans cette chanson qui va s’ouvrir au Monde
Je tenais impassible comme une preuve immonde
L’aveu, car je savais et tout était changé
Au feu de la mémoire, ce mensonge à porter

Las, qui peut retenir la main de son enfant
Prétendre que l’avenir ira droit sûrement ?
Nous portons tous les crimes, même les innocents
Marchant au bord du vide, mais marchant

Tous les cœurs s’ouvrent à la fonte des neiges
Ceux des enfants comme  de leurs parents
Tous les cœurs s’ouvrent à la fonte des neiges
Il faut laver le linge, il faut laver le sang
Et puis sécher les draps, les grands draps blancs
Sur le grand pré où l’herbe va naissant
Tous les cœurs chantent à la fonte des neiges

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