samedi 27 décembre 2014

Elle

Six heures à peine
Ce silence de coton
Cette lumière qui passe sous le volet
Qui danse son arpège au jardin ?
C'est une amie si longtemps attendue
Qui partout a mis son linge immaculé
Elle a le cœur peuplé de contes
Elle va vierge et nue
Ses fleurs sont en cristaux
Pure, elle unifie le Monde
De sa blanche vérité
Là glissent des traîneaux
Impassibles et doux
Si belle est cette reine qu'elle laisse muets les oiseaux

Des sorbets tendres pour ta bouche
J'en charge mes vaisseaux
Un dessin qui enveloppe toute violence
Car ses desseins sont sortilèges
La douce surprise qui apaise
Bonjour la neige !
Qui souligne tes lèvres de fraise
O mon amour et sur ta fièvre
Reste un instant
Qu'aucun pas ne signe ton linceul
Mon amie, j'ai des avalanches
De la tendresse pour tes branches
Je viens fondre dans tes hanches
Que rien ne bouge ni ne signe
L'horizon ne se devine plus
Je ferme tes paupières
Ma belle et si douce inconnue
Survenue
Bientôt disparue !

dimanche 27 juillet 2014

Mes frères

Ne me parlez pas d'Abel et de Caïn,
De vengeance, de talion, de fer, de trahison
De missiles lancés sur des enfants sans nom
De bouches buvant le sang du sable, Ô destins !
L'orgueil du général, la colère du prêtre
Les politiques sages remettant à demain
Tous ces mensonges jetés au travers de la trêve,

Ne me parlez pas d'eux !

Ne mettez ni drapeau ni bannière
Ni funestes propriétés
Sur leurs maisons bâties sur des lits de charogne
Ces tortures ajoutées et toujours sans vergogne
Ce ventre du scandale éclaté de lumière
Tous ces visages brûlés

Ne mettez ni drapeau , ni bannière !

N'allez pas hurlant par les rues,
Votre colère devant, faire apophtegme de ces morts
Ne mêlez pas l'opprobre au nom de tous ces corps
Accumulés , traînés dans la boue rude, nus
Aucun martyr jamais n'est utile ni juste

N'allez pas hurlant par les rues !

Ce sont mes frères, également aimés
Pleinement aimés, pleinement espérés
Dans la réconciliation, la Paix est ce devoir
L'Utopie oblige à comprendre ce que je ne sais croire
La Paix, ce ferment indicible

Il est temps de poser sur la table le pain, le sel
Le lait et le miel
Mes frères il faut vous asseoir
Faire silence d'abord
Puis laisser monter le chant de votre enfance

Alors sans crainte pour votre fierté
Ensemble ouvrir vos mains
Sur la table,
Vos mains larges et désarmées
Vos mains faites pour bâtir et caresser
Et oublier

Et vous regarder comme des hommes
Assis sur le banc de bois, contre la table,
Votre visage sera méconnaissable
Vous serez courageux dans ce courage d'hommes
Qui vont sans attendre les ordres d'un Dieu
Se regarder dans les yeux

Et faire la Paix
Dites que vous allez faire la Paix
Qui est la première des justices

Alors vous me parlerez de vous
Parlez moi de mes frères !

jeudi 24 juillet 2014

les serrures mortes

Les poules philosophent sous l'auvent,
le renard fuit vers son gîte,
l'eau clapote au bassin et nous accostons aux rives matinales,
bonjour!

Une chapelle dans la plaine lance son appel,
un train couvert d'écume traverse la mer et s'approche,
les oiseaux dansent dans le soleil salé
Tintinnabule ma cuillère dans la tasse de café

Car j'ai grandi, je bois mon café très amer
Debout, appuyé sur mon lourd établi de fer
Des machines électriques transpercent des pièces
Qui rejoindront d'étranges serrures à des portes ouvertes sur le vide

Ici le métal est salé, les poules y claquent leur bec
L'enfant s'approche et s'effraie de l'étincelle surgie

L'océan mange le sable de la falaise sèche de ma tendresse
Sur la plage gisent des étoiles tombées du ciel cette nuit
Un goéland neurasthénique cherche une rime improbable
Et son réveil est douloureux, un rocher luit

Des paroles se font écho dans la maison aux volets blancs
Une femme porte un bébé qui sourit et ouvre ses bras
L'adolescent s'enfuit sur son vélo rouillé
L'ennui de l'été encercle chaque pierre sourde

La torpeur est douce et interminable
Longue sera l'inutile journée inusable  

samedi 3 mai 2014

Il suffit



Il suffit d’un bouton d’or au pré pour que revienne mon enfance au goût de beurre
Soleil sur l’herbe verte
Tu m’éblouis !

Plus j’avance en âge
Plus je m’enrichis de ne rien posséder
Je n’ose pas encore, par manque de courage
Jeter mes livres les plus précieux à la vaste mer

Je les relis en moi,
Enserré dans une chambre étroite
Je bois leur lait, accroché à la mamelle blanche d’un oreiller de coton
Mon cœur bat et vibre à l’unisson
Aventures d’orphelins jetés à l’Océan, pionniers d’un nouveau Monde

Un jour peut-être quitterais-je mon amour, les enfants et les bêtes
Je rejoindrai la petite maison blanche, dressée sur la falaise
La maison de pêcheur à la seule fenêtre, pièce unique, murs peints à la chaux
Il n’y aura qu’une table de bois, un rien bancale
Un tabouret
Un lit
Un cahier
Un crayon

Et tout commencera

samedi 8 février 2014

la fonte des neiges



Des tourterelles vierges dans la neige de tes épaules,
Tu balbuties, drôle !

C’est la fonte des eaux fraîches dans ta bouche
Tes papilles dans les Alpilles gouleyant goulûment
Leur joie féconde dans le poème didactique

L’encyclique papale a dit : voici l’heure venue
« Soleil fait fondre la neige ! »
« Gloire à la poésie ! »
Alleluia !

On apprend par le journal des grandes montagnes
Et l’écho du tambour clair sonnant par la vallée
Dieu, vient de démissionner!
Il a rendu son tablier dans l’herbe verte
Et court nu et dru
Pour chasser le Dahu !
Tout nu !

Sources !  Dégoulinez le ventre de la montagne
Bergers !  Buvez à la régalade l’oxygène vif à la zahato !
Enfant ! Pisse debout et droit contre le saule, beau soldat
Délaisse le ruisseau
Le printemps y met toute son eau
Son verbe par trop bavard
Et les galets
S’y font miroir

Ma jeunesse est dans les montagnes
Ces cavalcades dans les herbages
Il reste un rien de neige au coteau
Tes lèvres gelées mordent à ma peau

Tu ris, rose !

vendredi 9 août 2013

Orage



Ô joie de la pluie salvatrice qui encercle la nuit !
Voici l’orage, tout tremble ici !
Roulent les tambours dans la vallée
Le grand orchestre descend ses trombes de cordes drues
Les chênes ploient, oiseaux disparus, fourrures au terrier
Les chats et les chiens se collent avec prudence dans la chambre sombre
Ils prient en silence
Ils font nombre
Dieu dans sa colère nous aveugle de flashs, il nous photographie
Prêt à fondre les impudents dans le décor
Il tient les preuves, il exagère !
L’armée surnaturelle lâche sa grêle en salves furieuses
Tout l’air est électrique
Même la montagne assise se tient malheureuse
Petite fille dans ses guenilles déconfite
Tout est défait
Les fleurs des jardins, les fruits gisent en sang, l’herbe écrasée dans la boue
Tout se met dans la peinture sinistre d’un fou
Dieu s’est trompé, il enrage, il l’avoue
Il aurait voulu autrement, il est déçu, à genoux
Magistrale sa colère fait petits tous les hommes
Et les femmes assises dans leur lit
La flamme tremblante à la bougie
Chacun réduit dans sa géographie, dans ses espoirs, dans son destin
Humble dans sa petite vie
Chacun admire cette colère comme une œuvre formidable
La preuve phénoménale
Cette symphonie de l’ultime, où Monde est cathédrale
Qui prie encore dans sa peur enfantine ?
Ce n’est pas l’enfant, c’est bien l’homme
Et pour sa punition
Le spectacle funeste passé
Demain matin
Au premier café
Regardera sa maison, relèvera les planches
Soignera les plantes, guidera les bêtes
Prononcera le nom de l’être aimé
Et s’en inquiètera
Avec délicatesse
L’homme mettra sa colère dans un sac
Il reconstruira, parce qu’il faut reconstruire
Parce que le soleil claque

mercredi 31 juillet 2013

Orage

J'aime ce monde électrique qui roule ses tambours, l'armée surnaturelle lache sa grêle en salves furieuses puis fonce dans la vallée